EDELFELT, portrait de Louis Pasteur, 1885


huile sur toile 154 X126
musée d'Orsay, Paris
 

 

Albert Edelfelt (1854-1905)

Est un peintre finlandais de la fin du 19eme siècle. Il fut le grand représentant de la peinture naturaliste (le naturalisme découle du courant réaliste. Ses sujets sont plus des scènes paysannes) en Finlande. Il s'est installé en France à partir de 1880. C'est là  qu'il découvre la peinture "en plein air", avec ses sujets factuels. Il reste 15 ans en France où il peint énormément de portraits notamment de parisiennes. La capitale et sa population aisée lui offre la possibilité de vendre facilement ses toiles. Il peint également des portraits accrédités (officiels). Le plus célèbre est celui de Louis Pasteur réalisé en 1885. Edelfelt était fasciné par les recherches et accomplissements du scientifique et il passa plusieurs mois à étudier son travail et son matériel de laboratoire. Lorsque la peinture fut achevée, Edelfelt fut reconnu comme l'un des meilleurs portraitiste européen.



 
Le courant "réaliste" en peinture :
 

Le Réalisme apparaît vers 1830 jusqu'en 1870-1880 environ. Il fait transition entre le Romantisme et l'Impressionnisme.
 



Ce courant s'inspire du moment présent. Les artistes abandonnent les scènes historiques, allégoriques ou mythologiques, pris dans la bible ou les récits antiques. Ils ne cherchent plus, comme les romantiques, à exprimer les sentiments,  ou comme chez les néoclassiques un idéal. Ils recherchent avant tout la représentation d'une réalité objective de leur société.
 
Le courant apparaît en France et en Angleterre dans la seconde moitié du XIXème siècle; ce mouvement se manifeste également en littérature avec notamment Balzac. La société de cette époque, qui est en pleine mutation technique et sociale, inspire tous ces artistes qui la dépeignent avec véracité.
Le réalisme propose une nouvelle voie en évoquant la réalité sans idéalisation du monde qui l'entoure. Les artistes souhaitent "traduire les moeurs, les idées, l'aspect de l'époque". Ainsi, la représentation de la vérité et du concret remplace la tradition académique artistique.
 
Contexte historique en France:
 Nous sommes sous la IIIème République (1870-1940). Les fondements de la République sont mis en place: la Marseillaise devient l'hymne national (1879), le 14 juillet est déclaré fête nationale à partir de 1880. C'est une période marquée par une forte identité démocratique, illustrée par de grandes lois sur l'instruction (école gratuite pour tous grâce à Jules Ferry représenté ci-contre, président de 1879 à 1885), la laïcité, les droits de grève, de réunion... Cette période est marquée également par toute une série de réformes sociales, avec plus d'avantages pour les salariés.

 



Présentation de la toile et du sujet :
 
 
Sur le site du musée d'Orsay, on peut lire la description de la toile:
 
"Il tient le bocal renfermant la moelle épinière du lapin contaminé par la rage à partir duquel il va mettre au point le vaccin antirabique. Cette découverte le fera bientôt considérer comme un bienfaiteur de l'humanité. Renonçant à une représentation héroïque, ce tableau est tout de pondération, dans sa composition comme dans sa lumière. Celle-ci, venant d'une fenêtre invisible à droite, se répartit avec délicatesse, détaillant les objets et le profil attentif de l'homme de science."
 
Cette peinture représente Louis Pasteur dans son laboratoire de l'Ecole Normale Supérieure rue d'Ulm à Paris. Il a été nommé directeur du laboratoire de chimie physiologique à l'école Normale en 1857 et il y installe son laboratoire dans le grenier 1 an plus tard.
Sur le tableau, Louis Pasteur (1822-1895) est âgé de 63 ans. C'est à cette date un savant reconnu. Edelfelt le peint l'année ou il triomphe de la rage, dont ses collaborateurs ont commencé l'étude dans les années 1880.
 

 
Le scientifique  est représenté accoudé sur un livre : ce bras (son gauche) est paralysé suite à une attaque cardiaque dont il a été victime à l'âge de 46 ans qui l'a rendu hémiplégique.  Il concentre ses recherches sur la création d'un vaccin antirabique (contre la rage). Il se dit capable d'obtenir une forme du virus atténuée à volonté en exposant et en desséchant de la moelle de lapin rabique au contact de l'air gardé sec. Pour cela il utilise l'invention de son collaborateur Emile Roux, le flacon à double tubulure que l'on voit ici dans sa main droite. Il a mis dans ce flacon de la moelle épinière d'un lapin rabique (contaminé par la rage) (la partie rouge dans le flacon). Il provoque une "dessiccation" (déshydratation) en déposant des fragments de potasse sur le fond du bocal, et en laissant pénétrer l'oxygène pour "atténuer" le virus. La représentation picturale est tout à fait conforme à la réalité; telle une photographie, elle témoigne des instruments utilisés par le scientifique à l'époque.
 
La rage est une maladie du système nerveux, dont le mode de transmission (la morsure) , les symptômes (altération du comportement chez l'homme, hydrophobie ou peur de l'eau), la mort inéluctable effrayaient la population. La rage était en recrudescence en Europe dans le dernier quart du 19ème siècle (le taux des décès dû à cette maladie était de 2 pour 1000 en Angleterre en 1875). En moyenne12 personnes mourraient chaque année de la " rage des rues "à Paris avant la découverte de Pasteur
 
Le portrait de louis Pasteur a été peint en 1885 car cette année là, après 4 années de recherche, un pas décisif a été franchi : pour la 1ère fois le vaccin a été testé sur un être humain et ce test a été un succès. C'est le jeune Joseph Meister (ci contre) qui en a bénéficié.
Pasteur lui a inoculé le vaccin, qui a été élaboré sur tissu nerveux (moelle de lapin rabique, desséchée à l’air libre). Cette réussite vaut au scientifique une reconnaissance mondiale, et plus encore, la participation internationale à la création de l'Institut Pasteur: "un dispensaire pour le traitement de la rage, un centre de recherche pour les maladies infectieuses et un centre d'enseignement pour les études qui relèvent de la microbie." Le second cas de vaccin testé sur l'homme fut hélas plus douloureux. Il s'agit d'une fillette chez qui le traitement a été commencé alors que les symptômes de la maladie étaient déclarés, plus d'un mois après une morsure. L'enfant mourra le lendemain du début du traitement. Plus de cent ans après, il n'y a toujours pas de traitement de la rage déclarée. Aujourd'hui, le nombre de décès par an dû à la rage est de 55 000, soit un décès toutes les 10 minutes selon l’OMS. Il faut dire que si le vaccin contre la rage est très efficace, il coûte très cher et ne peut guère être utilisé dans les pays pauvres et en voie de développement. Le dernier cas humain en France date de 1924.
 
Il existe une étude préliminaire du portrait de Louis Pasteur par Albert Edelfelt. On peut la voir à l'Ateneum Art Museum d'Helsinki. En voici une photo :  
 
 
 

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